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1888

PSYCHÉ

Pierre LOUŸS

Psyché, ma sœur, écoute immobile, et frissonne… Le bonheur vient, nous touche et nous parle à genoux. Pressons nos mains. Sois grave. Écoute encor… Personne N’est plus heureux, ce soir, n’est plus divin que nous.

Une immense tendresse attire à travers l’ombre Nos yeux presque fermés. Que reste-t-il encor Du baiser qui s’apaise et du soupir qui sombre ? La vie a retourné notre sablier d’or.

C’est notre heure éternelle, éternellement grande, L’heure qui va survivre à l’éphémère amour, Comme un voile embaumé de rose et de lavande Conserve après cent ans la jeunesse d’un jour.

Plus tard, ô ma beauté, quand des nuits étrangères Auront passé sur vous qui ne m’attendrez plus, Quand d’autres, s’il se peut, amie aux mains légères, Jaloux de mon prénom, toucheront vos pieds nus,

Rappelez-vous qu’un soir nous vécûmes ensemble L’heure unique où les dieux accordent, un instant, À la tête qui penche, à l’épaule qui tremble, L’esprit pur de la vie en fuite avec le temps.

Rappelez-vous qu’un soir, couchés sur notre couche, En caressant nos doigts frémissants de s’unir, Nous avons échangé de la bouche à la bouche La perle impérissable où dort le Souvenir.

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