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1888

PRIÈRE DE L’ADOLESCENTE

Pierre LOUŸS

Déesse, je suis pure et j’ai pris un amant. Ma nudité se voue à la tienne, ô statue ! Illumine à jamais de ton astre charmant Le corps très précieux dont mon âme est vêtue.

Comment les autres dieux laisseraient-ils souffrir Celle que leur déesse a faite si jolie ? Aphrodite, je n’ai que ma grâce à t’offrir ; Mais devant ton seul nom ma nuque en fleur se plie.

Je ressens le frisson que tu donnas un soir À mon père, à ma mère, et dont tu me fis naître. J’aime ! J’aime ! Le soufre éternel de l’espoir Gonfle mes jeunes seins et l’aile de mon être.

Mon cœur est exalté comme un oiseau chanteur, Et quand la volupté des filles de Cybèle Ruisselle de mes sens en gouttes de senteur, Dans mes bras tout est beau ! Comme la vie est belle !

Ah ! Cypris ! Cythérie ! Aphrodite ! Astarté ! Fléchis-moi, je suis faible ; aime-moi, je suis nue ; Émerveille mes flancs sur le lit sans clarté Qui m’attire, la nuit, dans son île inconnue.

Tout murmure le nom qui m’a semblé si doux. Ma joie est un encens. Prends-la, toi qui la crées. Le ciel verra toujours mes mains à tes genoux Et ma bouche et mes fleurs à tes pieds consacrées.

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