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1888

MÉLOPÉE

Pierre LOUŸS

Si je pouvais, si je pouvais dire À ses yeux pers qu’ils m’ont rendu fou, Que je mourrais devant leur sourire Pour ses bras blancs pendus à mon cou !

Si je pouvais, si je pouvais dire À ses yeux pers qu’ils m’ont rendu fou ! Si je pouvais, si je pouvais faire Quelque haut fait qui pût l’ébranler !

Pourquoi faut-il souffrir et me taire Quand j’ai si mal de ne point parler ? Si je pouvais, si je pouvais faire Quelque haut fait qui pût l’ébranler !

Si je pouvais, si je pouvais croire Qu’elle a compris, qu’elle m’aime un peu ! Mais non, j’ai dû quitter sa mémoire ! Elle m’oublie… Et pourtant, mon Dieu !

Si je pouvais, si je pouvais croire Qu’elle a compris, qu’elle m’aime un peu ! Si vos grands yeux savaient ma tristesse Et que leur paix cause mon souci,

Vous diriez aussi : Ne doutez plus ! Votre amour m’oppresse : Je vous aime aussi ! Si nous pouvions mêler nos pensées

Et nos regards et nos doigts tremblants ! Si nous pouvions aller, las et lents, Parmi l’oubli des peines passées, Rêver d’amour sous les tilleuls blancs !

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