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1888

LE SYMBOLE

Pierre LOUŸS

La chapelle où s’arrêtent mes pas La chapelle Où quelque voix de triste aurore appelle Et d’où l’on ne revient pas

Sans une âme changée Je ne saurais M’y guider qu’à travers les marais Où le ciel vespéral se moire en mer orangée

Flamme de gloire Mais l’eau d’or se rassérène sans mémoire Des pieds calleux, des pieds las, L’eau longue d’or sous le céleste soir lilas

Et c’est la voie au firmament couleur de gloire Vers la chapelle où s’arrêtent mes pas. Le parvis où j’ai rêvé d’être, de toute Éternité

Lumineux au terme de la route Auréolé par les soirs d’été C’est la virginité Marmoréenne des colonnes sous la voûte.

Ô chapelle Où cette voix de silence m’appelle Enroulé de laine blanche à plis réguliers Seul

Traînant en arrière aux remous du linceul Les sursauts matés des désirs oubliés J’irai Vers le chœur de l’Esprit ignoré

Où s’épure à genoux toute ignominie Aux plus clairs rayons des mains hautes et vierges. Mais que la Forme aux yeux profanes se dénie Et qu’en l’absence des simulacres et des cierges

Seul au centre du chœur se carre Le pur piédestal de marbre rare Où le seul rêve sera statue De la Vierge aux iris, l’Astarté, apparue.

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