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1888

LE CRÉPUSCULE DE L’EAU

Pierre LOUŸS

Les fleurs s’en sont allées au fil de l’eau le long des rives Les fleurs ? L’eau merveilleuse où le soir qui meurt se mordore Les pétales de crépuscule tournent et chavirent Au fil du fleuve qu’un frisson bleu de brise déflore

Et si loin par la plaine et la plaine se suivirent Qu’aux derniers champs du monde où naît rouge l’aurore Les fleurs s’en sont allées au fil de l’eau le long des rives Les fleurs ? celles de chair et de lin frêle encorollées

Que berce le roulis des lentes barques évasives Et tristement, avec des nonchalances désolées, Peuplent d’un vol le miroir des rivières massives Des rivières entre les pins, longues allées.

Les fleurs sur l’eau qui gyre au fil des fleuves en allées Ô le silence noir des eaux ! l’effroi sous les ramures Frisson glacé de rivière frileuse dévêtue… Et dans la haute nuit du parc où sont morts les murmures

Dans la brume où s’érige une pâleur de statue, La tristesse et la nudité des eaux nocturnes. Les fleurs sur l’eau qui gyre au fil des fleuves en allées…

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