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1888

LE BOUCOLIASTE

Pierre LOUŸS

La flûte qui fléchit sous les doigts allongés, Docile à s’animer comme la femme aux lèvres, Vibre, et le clair essaim des trilles encagés Se mêle aux bêlements bucoliques des chèvres.

Le joueur puéril à ses roseaux légers Chante en vain : seule, Écho, lointaine et triste, alterne ; Les Muses sont trop loin de la voix des bergers Qu’une cigale inspire et qu’un vol noir consterne.

Mais l’éphèbe : « Je suis, ô Phoïbos radieux, Boucoliaste, et pur pour le culte des dieux. J’ai l’espoir du laurier que ton geste décerne Et je veux, pour gagner ton sourire indulgent,

Consacrer sur l’autel de flouve et de luzerne Ma flûte pastorale à ta lyre d’argent. »

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LE BOUCOLIASTE · Pierre LOUŸS · Poetry Cove