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1888

LA SOUFFLEUSE D’ÉTOILES

Pierre LOUŸS

Une nuit de palmes immobilesUne nuit de palmes immobiles S’élevait de l’invisible terre.S’élevait de l’invisible terre. J’étais couché, les yeux perdus…J’étais couché, les yeux perdus… Je ne voyais l’herbe ni les villes,Je ne voyais l’herbe ni les villes,

Mais sur le ciel ton profil austèreMais sur le ciel ton profil austère Et tes mains aux doigts étendus.Et tes mains aux doigts étendus. La nuit d’améthystes et d’opalesLa nuit d’améthystes et d’opales Embrumait lentement les yeux calmesEmbrumait lentement les yeux calmes

Aux nuages d’un rêve bleu.Aux nuages d’un rêve bleu. Des odeurs montaient des lilas pâles,Des odeurs montaient des lilas pâles, Et la nuit immobile des palmesEt la nuit immobile des palmes Noyait les hauteurs peu à peu.Noyait les hauteurs peu à peu.

Les étoiles se lèvent la nuitLes étoiles se lèvent la nuit Sur la bouche des femmes aimées,Sur la bouche des femmes aimées, Et du bord des lèvres mal ferméesEt du bord des lèvres mal fermées Éclosent des constellations.Éclosent des constellations.

C’est un souffle qui passe,C’est un souffle qui passe, Un souffle de femme,Un souffle de femme, Glacé, large et lent, silencieux,Glacé, large et lent, silencieux, Par l’air libre et pur et par les cieux.Par l’air libre et pur et par les cieux.

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