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1888

LA DANSEUSE

Pierre LOUŸS

Elle tourne, elle est nue, elle est grave ; ses flancs Ondulent d’ombre bleue et de sueur farouche. Dans les cheveux mouillés s’ouvre rouge la bouche Et le regard se meurt entre les cils tremblants.

Ses doigts caressent vers des lèvres ignorées La peau douce, la chaleur molle de ses seins. Ses coudes étendus comme sur des coussins Ouvrent le baiser creux des aisselles dorées.

Mais la taille ployée à la renverse, tend Le pur ventre, gonflé d’un souffle intermittent, — Et sous l’arachnéen tissu noir de sa robe Ses bras tendres, avec des gestes assoupis,

Ses pieds froids sur les arabesques des tapis Cherchent l’imaginaire amant qui se dérobe…

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LA DANSEUSE · Pierre LOUŸS · Poetry Cove