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1888

LA DANSE

Pierre LOUŸS

À travers le brouillard lumineux des sept voiles La courbe de son corps se cambre vers la lune. Elle se touche avec sa chevelure brune Et ses doigts caressants où tremblent des étoiles.

Le rêve d’être un paon qui déploierait sa queue La fait sourire sous son éventail de plumes. Elle oscille au milieu d’un tourbillon d’écumes Et bande l’arc léger de son écharpe bleue.

Presque nue, avec son dernier voile, flot jaune, Elle fuit, revient, tourne… et passe. — Au bord du trône, Le grand vieillard royal la supplie et l’appelle, Fugitive, qui danse avec une fleur noire,

Et traîne dans le sang comme une aile de gloire L’ombre fatale de la lune derrière elle.

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LA DANSE · Pierre LOUŸS · Poetry Cove