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1888

L’IRIS

Pierre LOUŸS

Je t’apporte un iris cueilli dans une eau sombre Pour toi, nymphe des bois, par moi, nymphe de l’eau : C’est l’iris des marais immobiles, roseau Rigide, où, triste, oscille une fleur lourde d’ombre.

J’ai brisé, qui semblait un bleu regard de l’air, L’iris du silence et des fabuleux rivages ; J’ai pris la tige verte entre mes doigts sauvages Et j’ai mordu la fleur comme une faible chair.

Les gestes et les fleurs, ô sereine ingénue, Parleront pour ma bouche impatiente et nue, Où brûlent mes désirs et l’espoir de tes mains : Accueille ici mon âme étrangement fleurie

Et montre à mes pieds lents par quels obscurs chemins Je mêlerai ta honte à ma vaste incurie.

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L’IRIS · Pierre LOUŸS · Poetry Cove