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1888

L’EFFLORAISON

Pierre LOUŸS

L’encens, les parfums bleus, les prières, Ont lassé d’ennui tes yeux sacrés. Vierge, entends-moi, de tes fleurs de pierre. J’arrive, et je gravis les degrés

De l’iconostase, où tu reposes Tes beaux pieds nus, neigeux et nacrés. Je viens, et j’ai des fleurs, des fleurs closes, Des mauves, des lys, des œillets blancs,

Des nénufars et des roses roses. Vers toi, je viens vers toi, vers tes flancs Souples et dressés, vers tes reins fauves, Vers tes cheveux, tes cheveux tremblants.

Et là, toi qui bénis, toi qui sauves, Tu vas refleurir, vierge aux yeux saints, Sous tes cheveux s’ouvriront les mauves. La lune luira sur tes coussins ;

Je te vêtirai de fleurs humides, Les nénufars chargeront tes seins ; Les lys, tu les prendras, purs, splendides, Tels que si dans l’air tu les cueillais,

Les fleurs de lys, dans tes doigts candides. Et si, la nuit durant, tu veillais, Entre tes orteils d’apothéose Tu sentirais croître les œillets

Et sur ta bouche rougir la rose.

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L’EFFLORAISON · Pierre LOUŸS · Poetry Cove