Adieu, puisqu’il le faut ! adieu, mon seul amant ! Je garde pour toujours l’ivresse d’un moment. Ta femme t’aime trop pour t’aimer malgré toi. Adieu ! quittons-nous donc, et sois heureux sans moi !
Un soir, tu m’as juré cent fois, — car tu m’aimais ! De n’être qu’à moi seule, et cela pour jamais ! Les cieux l’ont entendu, les vents l’ont emporté, Le tendre et doux serment de notre nuit d’été.
Mauvais ! tu ne sais plus les mots que tu m’as dits, Pour toi, c’est un enfer que notre paradis. Ta bouche qui grisait mes sens inapaisés Oublie en souriant le goût de mes baisers.
Neuf mois, neuf mois bien courts, neuf mois, tout mon bonheur Neuf mois, je fus pour toi la maîtresse et la sœur. Qu’importe l’avenir ? Je vivrai du passé. Je songe, et, les yeux clos, je te tiens enlacé.
L’enfant que j’ai conçu dans nos ardents transports, Je veux le mettre au monde : il n’aura pas la mort. Qu’il vive à mes côtés et me rappelle un jour Le temps où sur mon cœur tu me parlais d’amour !
Que d’autres maintenant te pressent dans leurs bras ! Jamais comme avec moi, jamais tu n’aimeras. J’ai pris ton plus beau jour et ta plus belle nuit. Adieu ! Je puis partir, ton souvenir me suit.
Adieu, puisqu’il le faut ! adieu, mon seul amant ! Je garde pour toujours l’ivresse d’un moment. Ta femme t’aime trop pour t’aimer malgré toi. Adieu ! quittons-nous donc, et sois heureux — sans moi !
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