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1888

I

Pierre LOUŸS

Elles marchent dans l’herbe et boivent aux ruisseaux, Celles qu’un destin clair fit nymphes des prairies. D’autres, essaim lucide, âmes des eaux fleuries, Nagent sous nos cent bras croisés en noirs arceaux.

Nous, des arbres plaintifs gardiennes enchaînées, Nudités en péril du jour insidieux, Nous dressons dans le vent du matin, vers les dieux, Nos mains vertes, de pluie et de fraîcheur baignées.

Maître des foudres, Dzeus sauveur, te verrons-nous Frapper l’arbre mortel qui ferme nos genoux Et livrer la terre ivre à nos jambes écloses ? Connaîtrons-nous les grands horizons nébuleux,

L’eau du fleuve, le lac de lumière, les roses, Et l’humide sommeil, les champs profonds et bleus ?…

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