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1888

FLEUR D’EAU

Pierre LOUŸS

Hors de l’eau, hors du courant qui flue, Une fille est éclose au soleil, Effarouchée encore de sommeil, Et courbe sa nuque chevelue

Dans les gloires du couchant vermeil. Les flots légers qui chantent charrient Des frissons d’ors, lambeau par lambeau. Sa gorge grise tremble sur l’eau ;

Sa bouche est grave, mais ses yeux rient De voir le fleuve errer sur sa peau. Les flots légers, les petites vagues Glissent contre elle amoureusement,

Et cependant sous le firmament La fleur d’eau rêve des choses vagues Et penche la tête ingénument. Au rythme de la brise bercée,

Elle attend la fraîcheur de la nuit. La brume des eaux qui tremble et qui luit Vers la mer d’or au ciel dispersée S’élève ; la fleur s’épanouit.

Ô brune enfant, fleur d’eau, fleur fillette, Fille en bouton, pour qui grandis-tu ? Ton corps d’eau reluisante est vêtu : Qui fera tomber cette paillette,

Fausse et vaine comme la vertu ? Aux yeux de quel heureux ta corolle,Aux yeux de quel heureux ta corolle, Close encor, va s’ouvrir ? Je ne sais…Close encor, va s’ouvrir ? Je ne sais…

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