Skip to content
1888

DANS LA FORÊT DE GASTINE

Pierre LOUŸS

Sur les herbis et sur les graviers Un ruisseau flue entre deux sentiers Où tu passas peut-être ; Pieusement, sans bruit, j’y pénètre

Cherchant la trace encor de tes pieds. Jà trois cents ans elle est effacée ; Mais la futaie au vent balancée Garde ton souvenir,

Maître ! et je sens aller et venir Parmi l’air ta divine pensée. Le vert Léthé tu laisses parfois Et viens chercher aux lieux d’autrefois

L’ombre dodonéenne, À l’heure vague où la nuit ramène L’horreur sacrée et la paix des bois. Loin des rougeurs où le jour expire,

Tu viens ici pendre encor ta lyre Aux branches de bois noir, Pour écouter aux souffles du soir Les frondaisons des cimes bruire.

Tu viens dormir sous les troncs serrés Dans la fraîcheur montant des fourrés, Dans la blanche bruine ; Et la forêt, ta « saincte Gastine »,

Étend sur toi ses rameaux sacrés. Car tu descends des bois Élysées, Et, dédaignant les coupes versées Et les libations,

Elle répand du haut des buissons Tous ses parfums, toutes ses rosées.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
DANS LA FORÊT DE GASTINE · Pierre LOUŸS · Poetry Cove