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1888

BALLADE

Pierre LOUŸS

Fichu besoin de voyager ! Fi ! je m’en crache dans la paume. Avait-il besoin de changer ! Et depuis lors ma beauté chôme !

C’est en vain que mon corps embaume Et que pointe mon sein charmant. C’est à le tromper pour un gnôme ! Mais rien ne vaudrait mon amant.

Je veux bien que du ciel d’Alger Il puisse préférer le dôme Au ciel d’ici. Mais que léger Est tout de même ce jeune homme !

Il doit coucher avec la môme Zorah, de ces lieux l’ornement. Il me compte comme un atome. Mais rien ne vaudrait mon amant.

Ah ! d’ennui c’est à se plonger, Afin de rimer, dans la Drôme ! Mais de vrai, pour se submerger, De la Seine aimez-vous l’arôme ?

Si quelqu’un m’apportait un baume Pour guérir mon cruel tourment, Je le… hum !… même eût-il un heaume ! Mais rien ne vaudrait mon amant.

Prince, vous m’offrez vainement Les trésors de votre royaume : Certe, un palais vaut mieux qu’un chaume ; Mais rien ne vaudrait mon amant.

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