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1888

À LA NYMPHE DE SUMÈNE

Pierre LOUŸS

Sous les rocs à face humaine, La nuit, tu nous apparais, Nymphe antique de Sumène, Âme du noir Vivarais.

Les vols de sylphes et d’elfes Ne hantent pas ton ravin ; Tu ne reçois que de Delphes Le rayonnement divin.

Quand tu marches à la brune, Tes pieds laissent sur les eaux Des traces de clair de lune Où vont boire les oiseaux.

Près de toi, l’herbe et la feuille Frissonnent, le soir tombé ; C’est ta source qui recueille Endymion et Phœbé.

Dans ton eau calme et fertile Tu regardes leur sommeil… Ô Nymphe aux yeux de myrtille, Naïade, écoute un conseil :

Quand tu verras sur la grève, Vers l’ombre de tes bras nus, Les sylvains de Saint-Agrève Tendre leurs mufles cornus,

Avec ta main délicate Glisse en tes obscurs cheveux Le fatal croissant d’Hécate Qui détourne les aveux ;

Et sur la vasque où tu baignes Tes pieds frais aux cressons verts, Nous t’offrirons des châtaignes, Du lait de chèvre, et des vers.

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