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1882

YSEULT

Jean LORRAIN

LOIN des clameurs du monde et des cours dénigrantes Yseult, la blanche Yseult, au fond d'un bois obscur Avait rejoint Tristan et là, parmi l'air pur Et l'ombre des halliers, pleins de voix attirantes,

Elle errait sans couronne, heureuse, indifférente, Ses cheveux dénoués sur sa robe d'azur, Les yeux ravis d'amour, enivrée, enivrante, Buvant aux sources d'or et mordant au fruit mûr.

Le souci de leur faute et le soin de leur gloire, Les bienfaits du roi Mark et l'oubli de leur cour, Comme un songe d'avril, avaient fui leur mémoire. Les soirs, ils s'arrêtaient aux fontaines pour boire

Et les chênes aïeux, qui savaient leur histoire, Les appelaient tout bas les proscrits de l'amour.

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YSEULT · Jean LORRAIN · Poetry Cove