O viens au bord des cressonnières,
Avril a pris son clair essor,
Et l’Amour au fond des clairières
Sourit, armé de son arc d'or.
Viens, dans la grande forêt fée,
Éveiller les dieux d'autrefois…
Tu dis m'aimer, je suis Orphée.
L'idylle rit au fond des bois.
Viens, la forêt a son mystère,
Que Pan veut en vain nous celer,
Si le dieu lui dit de se taire,
Notre amour la fera parler.
Oui je veux, la main dans la tienne,
Interroger, cheveux au vent,
L'ombre des bois, cette païenne,
Le vert taillis, ce flot mouvant.
Je veux demander à la source :
« Folle, qu'as-tu donc fait d'Hylas ? »
Au torrent le but de sa course,
Aux joncs velus le roi Midas.
Nous serons ivres, fous, bohèmes,
Gomme une bande d'écoliers,
Pillant à deux mains les poèmes
Et les roses dans les halliers.
Je veux, la bouche sur ta bouche,
T'aimer le long des chemins creux,
A rendre le faune farouche
Et le nénuphar amoureux…
O la course enivrante et folle !
Saisir aux lèvres la chanson,
L'odeur au fond de la corolle
Et l'idylle au creux du buisson ;
Sous le toit croulant des ramures,
Faire au long bruit de ses baisers.
Rire aux éclats les sources pures,
Et les chênes scandalisés !
Pourquoi rougir, enfant ! Virgile
Chanta bien Philis et Chloé.
Viens, je serai le beau Mnasyle
Et toi la nymphe Lalagé.