Près de la source, où sous les aulnes,
Baignant leurs tiges dans l'azur,
Le nénuphar et les lys jaunes
Tachent d'or clair le bois obscur,
Mes yeux dans l'ombre ont vu Néère,
Debout au milieu du cresson,
Qui trempait son pied dans l'eau claire
Et j'en ai fait une chanson.
Chaque vers est fait d'un cythise
Alterné d'un bleu liseron…
Et chaque rime une sottise,
L'Amour qui chante étant poltron.
Pour en composer le poème
J'ai pris conseil des roseaux verts
Et le moineau franc, ce bohème
Ailé, m'a bien dicté trois vers…
Le rythme en est le bruit de chaînes,
Que ses yeux noirs m'ont mis au cœur.
Pour maîtres j'ai pris les vieux chênes,
Pour juge l'écho, ce moqueur.
La neige du ravin, les mûres
M'ont fourni les comparaisons,
Aux grands bois, où tout est murmures,
Les rêves ailés sont chansons.
Et c est en somme un gai poème,
Dont un seul mot fait tout le fonds,
Car le premier vers est : « Je t'aime ! »
Et le dernier vers est : « Aimons ! »