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1883

SOUS BOIS I

Jean LORRAIN

Les prés ont reverdi, l'Aurore, Au fond des grands bois rajeunis, Pour nous vient de renaître encore Dans le gai bruissement des nids.

Comme un jeune dieu qui s'éveille, Ivre de lumière et d'air pur, L'Aurore est là qui rit, vermeille, Les pieds baignés d'ombre et d'azur.

Dans l'herbe un bleu tourbillon d'ailes, De mésanges, de papillons, Monte à ses lèvres immortelles, Dont les rires sont des rayons.

Dans les parfums, dans les murmures, La fleur, cet astre du hallier, S'allume au fond vert des ramures, Piquant d'or l'ombre du sentier.

La chèvre au penchant des ravines S'arrête, tressaillante au vent… Sous la rougeur des aubépines Monte le rut âpre, énervant…

Tout aime, une acre odeur de sève Enivre l'ombre, où mille voix Jasent, raillant Avril qui rêve, Grisé d'amour au fond des bois.

C'est le moment, où le troène Raconte aux roseaux, ces bavards, Le sénil amour de Silène Et le crime des nénuphars…

Des bras nus, des blanches épaules, Sourires de l'ombre éclatants, Rayonnent au travers des saules… Salut Avril, c'est le printemps… !

Saison charmante, où sous les aulnes Lycoris auprès de Gallus, Voyait tourner des pieds de faunes, Le soir dans la brume entrevus !

O viens, l'heure est propice et chère, Tandis qu'ébloui de clarté, Avril debout dans la clairière Rit à sa fauve nudité,

Viens dans les bois, où l'ombre est douce, Près de la source au flot menteur, Nous déroberons sur la mousse La flûte de Pan l'enchanteur,

La flûte à sept trous, que-Virgile Trouva sur l'Hémus autrefois, Et nous en ferons une idylle… O viens avec moi dans les bois.

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