Un beau soir, à Luchon, la grande tragédienne Eut ce caprice étrange et digne assurément D’une reine, d’offrir à quelqu’obscur amant De la rue une fête adorable et païenne.
« Je veux qu’un homme, un rustre, à jamais se souvienne « De l’odeur de ma peau, de mon enlacement… « Et garde de ma chair un éternel tourment, « Comme un mortel, aimé jadis d’une Olympienne. »
Dit-elle, et de sa main savante et raffinée, La séance d’amour fut bientôt combinée. Un guide, un Toulousain au front stupide et doux Sous d’épais cheveux bruns, de noirs devenus roux
Au grand soleil, l’avait conduite l’avant-veille Au Crabioul, un pic hautain, une merveille ; Et la dame, au-dessus du gouffre en entonnoir, Où le torrent d’enfer mugit, blanche fournaise
D’écume, avait dans l’air, odorant de mélèze Et de pins, remarqué cette brute à l’œil noir. Le guide au rendez-vous fut amené le soir. Sous une lampe astrale à la clarté de braise,
Dans un boudoir obscur, la dame en japonaise, Demi-nue attendait. Dans l’ombre, un encensoir Exhalait à ses pieds sa fumée en spirale,
Et la dame, entrevue à travers la vapeur Comme une vierge au fond de quelque cathédrale, Apparut au beau gars si svelte et si spectrale Sous son rouge et son blanc, que, béant de stupeur,
Le rustre, dès le seuil, à l’entrée, eut un râle, Et devant tant d’apprêt partit. Il avait peur.
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