Un charme étrange et doux m'attire Au fond des bois. Est-ce une flûte qui soupire ? Est-ce une voix ?
Le chœur joyeux du dieu Satyre Y tourne-t-il comme autrefois ? Y verrons-nous l'antique lutte Des dieux bergers,
Les nymphes joueuses de flûte Aux doigts légers, Dansant pour retarder la chute Du soleil au fond des vergers ?
A l'heure, où l'étoile s'allume Au bord des blés, Viens, nous irons voir à la brume Leurs pieds ailés
Voltiger sur l'herbe qui fume Prés des vieux temples écroulés. Mêlant l'écho de leurs ballades Aux sons du cor,
Le groupe enlacé des naïades Aux cheveux d'or Sur le rythme ardent des Ménades Au crépuscule y chante encor.
Les roseaux nous diront le conte, Toujours nouveau, De la nixe et du seigneur comte Au bord de l'eau
Buvant la mort avec la honte, L'amour de fée est un tombeau. Le front coiffé de marjolaines, Nous surprendrons
Pan s'abreuvant aux coupes pleines Des liserons, Et la bataille des vieux chênes Avec les jeunes bûcherons.
Chaque brin d'herbe a sa légende Aux grands bois sourds. La menthe est triste, la lavande Fleurit toujours.
Nous en ferons une guirlande. Mais écoutez l'herbe d'amours, Le fils du roi part à la chasse Viens, suivons-le.
Il a trois lévriers de race Marqués de feu Tous les quatre ont l'oreille basse, Ils n'ont pas trouvé l'oiseau bleu.
L'oiseau bleu couleur de pervenche Est là pourtant, Perché sur la plus haute branche, Au bois chantant,
L'oiseau voltige et l'arbre penche Et le prince ébloui l'entend. « Là bas, là bas dans la ravine, « O fils de roi,
« Dans la vieille tour en ruine, « Songeant à toi, « Une belle file, et se mine « D'amour en l'attendant, suis-moi. »
« Cette belle au rouet pensive « Au fond des bois, « Dans la vieille tour en ogive, « Manants et rois,
« Ombre adorable et fugitive, « Tous un jour l'ont vue autrefois ? « Où cela ? Voila le mystère « Pour la revoir
« Tous sont retournés en arrière… « Le vieux manoir « Était toujours dans la clairière, « Mais tous ont passé sans le voir.
« La rampe en fer s'effrite et penche « A l'escalier. « Une grande aubépine blanche « Fleurit au pied »
Et l'oiseau va de branche en branche Suivi du prince extasié. Par la forêt et la ravine Tous deux au soir
Arrivent au bois d'aubépine O désespoir ! Fille et donjon sont en ruine. La belle a l'âge du manoir.
Depuis cent ans qu'à la fenêtre, Au vent glacé Elle attend sans le voir paraître Le fiancé,
L'amour ne veut plus la connaître Et chacun s'arrête au fossé. Sourde, aveugle et parcheminée Et les doigts las,
La fileuse tousse inclinée Sur les gravats, La cendre emplit la cheminée Et la tour est un galetas.
« Ta nymphe est aïeule et sorcière « Oiseau félon, » Debout au fond de la clairière Le nain Rollon
Montre du doigt la filandière Et l'écho rit dans le vallon. « Appelle en vain, à toi, main forte. « Ivre d'effroi,
« Meurtris tes poings, heurte à la porte « Ton front de roi, « Le bois est fée et ton escorte « Ne peut plus parvenir À toi.
« Tu veux retourner en arrière « Vœux superflus. « Dans le donjon rongé de lierre « Aux bois touffus
« Tu resteras ta vie entière ! « Le présent ne t'appartient plus ! » Un charme étrange et doux m'attire Au fond des bois.
Est-ce une flûte qui soupire ? Est-ce une voix ? Le chœur joyeux du dieu Satyre Y tourne-t-il comme autrefois ?
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