O jeunesse, ô printemps, ô fille étrange et douce,
Dont le rire éclatant emplissait les grands bois,
Ris-tu, Primavera, toujours comme autrefois
La nuit, dans l'ombre chaude et calme où l'herbe pousse ?
Tremblants, à pas furtifs et légers sur la mousse,
Les chevreuils effarés accouraient à ta voix,
Et, folle, tu riais, quand à travers tes doigts
Leurs dents courtes mordaient ta peau blanche de rousse.
Leurs bruns et clairs regards, où tes grands yeux païens
Se miraient, rayonnaient dans l'ombre auprès des tiens ;
Sur les roseaux froissés l'eau s'égrenait en perles
Et sous les chênes verts, par la lune argentés,
J'errais seul avec toi par les sentiers hantés
Des fauves, jusqu'à l'heure où s'éveillent les merles