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1882

NARCISSE

Jean LORRAIN

AUPRÈS d'un clair ruisseau tout fleuri d'asphodèles, Narcisse, le beau pâtre au front ceint de pavots, Dont le nom fait rêver les jeunes immortelles, Narcisse est là, couché, sans force et les yeux clos.

Son front blême et trop lourd pour son épaule grêle Penche dans l'herbe haute et baigne dans les flots. Un désir vide et fou brûle dans sa prunelle Et sa lèvre béante épuise des sanglots.

« Je t'aime et tu me fuis… je t'aime, ô viens Narcisse ! » Il dit. Une sueur inonde son front lisse, Tout son beau corps s'allonge au travers des ruisseaux, Sa chair vibre… et le front sous les larges calices

Des iris d'eau, l'œil vague, épuisé de délices, L'éphèbe inassouvi meurt au pied des roseaux.

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