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1882

LES HÉROÏNES

Jean LORRAIN

FILLES adorables du rêve, Des femmes aux longs cheveux d'or, Se tiennent en rond sur la grève, Debout dans un superbe effort.

Reines d'amour et de légende, Le front hautain et les seins nus, Elles viennent de Broceliande Et des royaumes disparus.

Moulant dans d'étroites simarres A fleurs d'azur, à rinceaux dors, Leurs bras surchargés d'anneaux rares Et la sveltesse de leur corps,

Les lys en feu de leur poitrine Aux siècles croules dans l oubli Jettent dans leur splendeur divine Un héroïque et fier défi.

Mélusine, Yseulte, Genèvre! Triste comme un appel de cor, Leur nom baise et meurtrit la lèvre Du barde qui le sait encor.

Les batailles, les épopées, Les serments d'amour décevants, Mieux qu'au clair fracas des épées Revivent dans leurs noms charmants.

Le poète épris de leur gloire Chère aux anciens harpeurs gallois, Comme un éclair dans la nuit noire Des temps, les évoque à mi-voix.

Au fond des siècles réveillées, Écartant leur léger linceul Les Héroïnes oubliées Renaissent alors pour lui seul.

A l'abri des hautes falaises Leurs ombres, aux fauves rayons Des couchants de pourpre et de braises, Surgissent, lentes visions.

La clarté des songes les baigne, Allumant en humide éclair Les perles rondes de leur peigne Et tes tons nacrés de leur chair.

Et l'artiste, au fond de son rêve Voit sourire et passer encor, La main dans la main, sur la grève, Les reines aux longs cheveux d'or.

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