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1882

LES DIEUX

Jean LORRAIN

DANS les parfums, dans l'ambroisie, Le front ceint d'éblouissements, Les jeunes dieux, fils de l'Asie, Apparaissent, fiers et charmants.

Cruels, ils ont la fantaisie Du meurtre et de l'écrasement. La puissance a sa frénésie Dont le crime est l'apaisement.

Accoudés aux trônes d'érable Et d'or, où sourit leur fierté, Ils ont aux cris des misérables Des longs soupirs de volupté.

Qu'importe aux dieux les agonies, Les cris d'un monde révolté Et les penseurs aux gémonies ? Ils sont la force et la beauté.

La force, éternelle injustice Qui fait râler l'homme à genoux, La force, effrayante et complice, Est dans leur front stupide et doux

Et sous les astres qu'elle embrase, Leur éclatante nudité Est le rêve d'or et l'extase Du monde et de l'éternité.

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