DANS les parfums, dans l'ambroisie,
Le front ceint d'éblouissements,
Les jeunes dieux, fils de l'Asie,
Apparaissent, fiers et charmants.
Cruels, ils ont la fantaisie
Du meurtre et de l'écrasement.
La puissance a sa frénésie
Dont le crime est l'apaisement.
Accoudés aux trônes d'érable
Et d'or, où sourit leur fierté,
Ils ont aux cris des misérables
Des longs soupirs de volupté.
Qu'importe aux dieux les agonies,
Les cris d'un monde révolté
Et les penseurs aux gémonies ?
Ils sont la force et la beauté.
La force, éternelle injustice
Qui fait râler l'homme à genoux,
La force, effrayante et complice,
Est dans leur front stupide et doux
Et sous les astres qu'elle embrase,
Leur éclatante nudité
Est le rêve d'or et l'extase
Du monde et de l'éternité.