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1887

LES BOULINGRINS

Jean LORRAIN

Dans la ronce et dans l'herbe humide De l'ancien parc à l'abandon Songe, étrange cariatide, Un morne et lépreux Cupidon.

Soulevant entre ses mains vides Un vieux cadran solaire absent, Dieu du passé, ses vœux avides implorent en vain le présent.

Le cadran, qu'effleuraient les heures, Dans la folle avoine est tombé Et, pareil aux vieilles demeures, Un lierre aux yeux l'a dérobé.

Avec un bruit d'eau monotone Là-bas, au fond des boulingrins Une fine averse d'automne Mouille et détrempe les terrains

Resté, lui, fidèle à sa pose, L'Éros, ailé comme jadis, Dans un geste d'apothéose Tend vers le ciel deux bras verdis.

Au loin l'interminable allée, Mourante au bord d'un saut de loups, Laisse apparaître désolée, Une plaine où pomment des choux,

Et sur son socle, qui s'écaille, Le dieu mythologique et fier, — Des siècles juste représaille — A ce plant de choux pour enfer.

Avec un bruit d'eau monotone. Là-bas, au fond des boulingrins, Une fine averse d'automne Mouille et détrempe les terrains.

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