Dans la ronce et dans l'herbe humide
De l'ancien parc à l'abandon
Songe, étrange cariatide,
Un morne et lépreux Cupidon.
Soulevant entre ses mains vides
Un vieux cadran solaire absent,
Dieu du passé, ses vœux avides
implorent en vain le présent.
Le cadran, qu'effleuraient les heures,
Dans la folle avoine est tombé
Et, pareil aux vieilles demeures,
Un lierre aux yeux l'a dérobé.
Avec un bruit d'eau monotone
Là-bas, au fond des boulingrins
Une fine averse d'automne
Mouille et détrempe les terrains
Resté, lui, fidèle à sa pose,
L'Éros, ailé comme jadis,
Dans un geste d'apothéose
Tend vers le ciel deux bras verdis.
Au loin l'interminable allée,
Mourante au bord d'un saut de loups,
Laisse apparaître désolée,
Une plaine où pomment des choux,
Et sur son socle, qui s'écaille,
Le dieu mythologique et fier,
— Des siècles juste représaille —
A ce plant de choux pour enfer.
Avec un bruit d'eau monotone.
Là-bas, au fond des boulingrins,
Une fine averse d'automne
Mouille et détrempe les terrains.