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1883

LE HANAP

Jean LORRAIN

C'était un grand hanap en or fin de Bysance. Son flanc large, où beuglaient des mufles de taureaux, Se renflait comme un ventre, et les reins d'un héros, Penché pour boire à même, en faisaient jaillir l'anse.

Saturé de parfums et reluisant d'essence Rare, sous les rubis embrasés des vitraux, Il brillait, jour et nuit gardé par deux hérauts, Sublime et fier hochet d'un roi fou de puissance.

Aujourd'hui, coupe offerte aux passants de l'azur, Le hanap orgueilleux luit scellé dans le mur, En plein ciel, et l'aiglon dans la flamme y vient boire. Le vieux roi qui l'aimait dort, lui, squelette obscur,

Dans la crypte romane, et son crâne d'ivoire. Rit au grand vol de l'aigle et s'emplit de sa gloire.

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