MATIN et soir à ma fenêtre
Assis, le menton dans la main,
Je vois tourner et disparaître
Au flanc des monts un grand chemin.
Sous le ciel de brume ou de braise,
Ou le couchant met sa rougeur,
Il monte et longe la falaise,
Suivi par mon regard songeur.
Comme un vieux ruban qu'on déroule
Il serpente et fuit. Où va-t-il ?
Loin des méchants, loin de la foule,
Est-ce au bonheur, est-ce à l'exil ?
Sa pente m'invite au voyage,
M'annonçant de meilleurs destins.
La route est la sœur du nuage,
Tous deux vont aux pays lointains.
Là bas c'est l'amour et les roses,
Le ciel plus bleu, les lys en fleurs,
Le ciel qu'aux Jours d'ennui moroses
Rêvent tes yeux noyés de pleurs.
Ici qui t'aime ? Hélas, personne.
Tous les tiens te sont étrangers
Et la voix de Mignon frissonne
Dans le parfum des orangers.
Mais, engourdi par le bien-être,
On dit ;« Pas aujourd'hui… demain ! »
Et l'on demeure à la fenêtre,
Assis devant le grand chemin.
Puis un jour la voix est plus forte.
Vite on part, et les yeux navrés,
On s'arrête au seuil de la porte :
Falaise et monts sont effondrés.
Le vieux chemin de la colline
S'est écroulé dans le brouillard.
Nos rêves sont une ruine
Et pour partir il est trop tard.