Le cygne est divin, son bec rose
Cache un baiser de Jupiter.
L'Amour fit la métamorphose,
La source a subjugué l'éclair.
Sur l'eau transparente et moirée,
Qu'il fend de son corps radieux,
Léda, de terreur enivrée,
Se livre, obéissante aux dieux.
Son bec est sur sa gorge nue ;
Son col, entre ses bras rampant,
Comme un baiser qui s'insinue,
A des souplesses de serpent.
Le fantôme ébloui d'Hélène,
Que vient d'engendrer sur les flots
Le souffle ardent de leur haleine,
Effleure en planant leurs yeux clos ;
Et, d'Argus voilant la prunelle,
Le bois sacré sur leur rougeur
Répand son ombre solennelle
Et l'ombre du bois sa fraîcheur
Sur les amours du cygne antique
La source a coulé trois mille ans,
Usant la marche du portique
Où Léda baignait ses pieds blancs ;
Et depuis trois mille ans sans ride,
Dans le miroir du flot glacé,
Le beau corps de la Tyndaride
Resplendit, au cygne enlacé.