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1883

LE CYGNE

Jean LORRAIN

Le cygne est divin, son bec rose Cache un baiser de Jupiter. L'Amour fit la métamorphose, La source a subjugué l'éclair.

Sur l'eau transparente et moirée, Qu'il fend de son corps radieux, Léda, de terreur enivrée, Se livre, obéissante aux dieux.

Son bec est sur sa gorge nue ; Son col, entre ses bras rampant, Comme un baiser qui s'insinue, A des souplesses de serpent.

Le fantôme ébloui d'Hélène, Que vient d'engendrer sur les flots Le souffle ardent de leur haleine, Effleure en planant leurs yeux clos ;

Et, d'Argus voilant la prunelle, Le bois sacré sur leur rougeur Répand son ombre solennelle Et l'ombre du bois sa fraîcheur

Sur les amours du cygne antique La source a coulé trois mille ans, Usant la marche du portique Où Léda baignait ses pieds blancs ;

Et depuis trois mille ans sans ride, Dans le miroir du flot glacé, Le beau corps de la Tyndaride Resplendit, au cygne enlacé.

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