Comme un crapaud blessé, qu'un ruisseau d'azur lave,
Dans une source obscure accroupi, l'œil sanglant,
Mon cœur, mon triste cœur embusqué sous mon flanc,
Saigne au fond de mon être, où son pus crève et bave.
D'heure en heure éclatant, sa plainte rauque et grave
Déchire le silence et racle en s'étranglant :
Morne, il tend au courant glacé l'or purulent
De sa plaie et maudit son poids, lugubre entrave.
Heureux l'homme hardi, qui, d'un poing vigoureux
Plongeant clans sa poitrine, y prend flasque et séreux
Le sinistre reptile et dans ses doigts l'écrase.
De son âme embourbée il nettoiera la vase
Et le calme emplira son côté vide et creux,
Comme une eau claire et froide emplit l'or d'un beau vase.