De mon cœur vide et froid j'ai fait un grand ciboire
D'or fauve, rehaussé d'améthyste et d'émail,
Où perlent goutte à goutte en larmes de corail
Le sang de mon amour et le sang de ma gloire.
Entre le crucifix et le missel d'ivoire
Il resplendit dans l'aube ardente d'un vitrail
Et, nimbé de rayons, de la nef au portail
Éclaire, astre mystique et rouge, l'ombre noire.
Prêtre sans Dieu, fidèle au souvenir amer,
Je reviens chaque jour, blême, en chape de fer.
Y consacrer l'hostie et célébrer l'office ;
Mais je sens qu'à mes vœux le Ciel demeure sourd,
Et pour mes faibles mains l'horreur du sacrifice
Et le poids des regrets ont fait mon cœur trop lourd.