Une grâce étrange et navrante
Est dans le blanc trépas des lys,
S'effeuillant sur l'eau transparente
Des porte-bouquets trop remplis.
Dans leur étroit cercueil de verre,
Leurs beaux cadavres éclatants
Ont le charme auguste et sévère
Des vierges mortes à vingt ans.
La souffrance les divinise…
Leur élégance et leurs pâleurs
Dans le grand cornet de Venise
Semblent un martyre de fleurs.
Cette tige, qui pleure et saigne
En parfumant de son regret
Et le vase et l'eau, qui la baigne,
Absout ses bourreaux en secret.
Le mystère de ce calice,
Inconnu même aux papillons,
Dans l'enivrement du supplice
S'entr'ouvre aux yeux, plein de rayons.
La mort aux lys fait une gloire,
Couronnés de parfums subtils,
Leur forme est celle d'un ciboire,
Leur nimbe est dans l'or des pistils ;
Et, s'effeuillant au bord du vase
Dans un chaste et calme abandon,
Leur agonie est une extase
Et leur parfum est un pardon.