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1883

LA MORT DES LYS

Jean LORRAIN

Une grâce étrange et navrante Est dans le blanc trépas des lys, S'effeuillant sur l'eau transparente Des porte-bouquets trop remplis.

Dans leur étroit cercueil de verre, Leurs beaux cadavres éclatants Ont le charme auguste et sévère Des vierges mortes à vingt ans.

La souffrance les divinise… Leur élégance et leurs pâleurs Dans le grand cornet de Venise Semblent un martyre de fleurs.

Cette tige, qui pleure et saigne En parfumant de son regret Et le vase et l'eau, qui la baigne, Absout ses bourreaux en secret.

Le mystère de ce calice, Inconnu même aux papillons, Dans l'enivrement du supplice S'entr'ouvre aux yeux, plein de rayons.

La mort aux lys fait une gloire, Couronnés de parfums subtils, Leur forme est celle d'un ciboire, Leur nimbe est dans l'or des pistils ;

Et, s'effeuillant au bord du vase Dans un chaste et calme abandon, Leur agonie est une extase Et leur parfum est un pardon.

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