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1882

LA COUPE D'OR

Jean LORRAIN

VOUS souvient-il encor du roi de la ballade, Lançant de sa main pâle au gouffre bleu d'azur L'énigme de son âme et sa coupe d'or pur ? La vague dit son chant sous le balcon de jade,

Le ciel du Nord frissonne et, comme un grain trop mûr, Perle, tremble et s'égrène au creux d'une grenade, La coupe d'or échappe aux doigts du roi malade, Qui s'affaisse, appuyant sa nuque au froid du mur.

Penché sur l'infini, blême et tremblant de fièvre, Comme lui j'ai tenu le bonheur, et ma lèvre, Comme la sienne ardente, en a pressé le bord. L'amour chantait son ode et la mer son poème ;

Mais, sans en avoir bu l'oubli, goutte suprême, J'ai laissé dans les flots rouler la coupe d'or.

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