Holà oh ! La porte est fermée !
Ouvrez. Aux grilles des vieux parcs
Grelotte une troupe enrhumée
D'Amours, de pied en cap armée
De carquois neufs et de grands arcs.
Je les ramène d'Italie
Où, d'un plafond de Tipolo
Échappés un soir de folie,
Ils pleuraient la mélancolie
Du carnaval tombé dans l'eau.
Ils viennent dans l'ancien Versailles,
Jadis enchanté par Lulli,
Demander asile aux Rocailles
Ou sinon au parc en broussailles,
Et tout en ronces de Marly !
Quoique romains et catholiques,
Rien ne peut les effaroucher ;
Et dans vos grands jardins auliques
Ils vous diront des bucoliques
Dignes des amours de Boucher.
Pétillants d'une adresse exquise,
Caressants, prompts et dérobés,
Dans l'art d'ôter à Cydalise,
Qui tremble et dit non, sa chemise
Ils ont des malices d'abbés.
Mes Cupidons en sentinelles
Sont là. Maintenant, Chateauroux,
Dubarry, Romans, Mailly-Nesles
Aux bleus éclairs de vos prunelles
Mettez Louis Quinze à genoux ;
Voici des carquois et des flèches.
Offrez aux traits des arcs vainqueurs
La nacre vivante et les pêches
De vos seins nus et dans les mèches
De vos nuques roulez les cœurs.