DE ma pauvre âme à demi-morte Odorant et léger linceul, Des roses saignent sur ton seuil Et des lys neigent à ta porte
Et toi sous ta blanche tunique, Pareille au dieu cruel et fort, Tu souris pensive, ironique. Negat Amor.
Ce couple ailé de tourterelles, Je l'ai pris pour toi dans les bois, Et les blancs fuseaux que tu vois Sont modelés sur tes doigts frêles.
Sous leurs ailes mon cœur palpite. Sur ta bouche il prend son essor Et toi, tu ris toujours, maudite, Ridet Amor.
Pour toi j'ai fait venir d'Asie Des coffrets de bois de santal, Des essences, de l'ambroisie Dans des amphores de cristal.
Dans leur subtil et fin arôme Mon cœur embaumé, comme un mort, S'exhale, triste et doux fantôme. Hœret Amor.
Vois, j'ai des robes d'hyacinthes, J'ai du cinnamome et du nard, J'ai des agrafes de Corinthe, Et des coffres remplis de fard.
Tu lèves enfin la paupière Et devant l'éclat du trésor Tu ris à l'or, à la lumière. Aït Amor.
Hé bien, garde tes joyaux rares, Tes anneaux, tes parfums trop lourds, Ton cœur et tes baisers avares : Je ne veux plus de tes amours.
Sous ta lèvre rouge et banale Mon amour, de lui-même, est mort. Loin de moi, caresse vénale. Horret Amor.
Ferme en vain sur les tourterelles La cage en treillis de roseaux. Retiens en vain dans tes doigts frêles Le fil doré de tes fuseaux
L'amour a déserté la cage, Son aile a rompu le fil d'or Les baisers ont fui le bocage. Fugit Amor.
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