Des vieilles étoffes fanées
Je suis le maladif amant.
J'en veux dire l'enchantement
Et les nuances surannées ;
Leurs tons discrets et douloureux
De vivantes choses anciennes
Et les langueurs patriciennes
Des vieux orfrois cadavéreux.
Mon âme, qui s'avive et souffre,
Adore les sourires las
Et fatigués des satins soufre,
Rayés de rose et de lilas ;
Et c'est une aventure exquise
De retrouver dans un reflet
Tout un bleu passé de marquise
Fleurant la jonquille et l'œillet.
Les vieux lampas aux tons d'agate,
Lustrés sous l'ongle aigu du temps,
Ont la hautaine et délicate
Tristesse des lointains printemps ;
Les frais printemps de la jeunesse,
Avrils emportés sans retours,
Et dont les lys de soie épaisse
S'effeuillent dans les gros de Tours.
Mais pour chanter la griserie
Errante en ces luxes défunts,
Volupté savante et meurtrie
De vieux baisers, d'anciens parfums,
Il faudrait sous mes doigts dociles
Les cordes d'un basson d'amour
Au long manche de bois des Îles
Peint de bergères Pompadour :
Et dans l'ombre aimable et dévote
D'un boudoir obscur et fardé,
Sur des airs dansants de gavotte,
Moi-même, en habit démodé,
Des vieilles étoffes fanées
J'évoquerai l'esprit charmant
Et le rêveur enchantement
Des nuances, ces raffinées !