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1887

FANERIE

Jean LORRAIN

Des vieilles étoffes fanées Je suis le maladif amant. J'en veux dire l'enchantement Et les nuances surannées ;

Leurs tons discrets et douloureux De vivantes choses anciennes Et les langueurs patriciennes Des vieux orfrois cadavéreux.

Mon âme, qui s'avive et souffre, Adore les sourires las Et fatigués des satins soufre, Rayés de rose et de lilas ;

Et c'est une aventure exquise De retrouver dans un reflet Tout un bleu passé de marquise Fleurant la jonquille et l'œillet.

Les vieux lampas aux tons d'agate, Lustrés sous l'ongle aigu du temps, Ont la hautaine et délicate Tristesse des lointains printemps ;

Les frais printemps de la jeunesse, Avrils emportés sans retours, Et dont les lys de soie épaisse S'effeuillent dans les gros de Tours.

Mais pour chanter la griserie Errante en ces luxes défunts, Volupté savante et meurtrie De vieux baisers, d'anciens parfums,

Il faudrait sous mes doigts dociles Les cordes d'un basson d'amour Au long manche de bois des Îles Peint de bergères Pompadour :

Et dans l'ombre aimable et dévote D'un boudoir obscur et fardé, Sur des airs dansants de gavotte, Moi-même, en habit démodé,

Des vieilles étoffes fanées J'évoquerai l'esprit charmant Et le rêveur enchantement Des nuances, ces raffinées !

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