Des nuances, des demi-teintes :
Évite le cri des couleurs,
Fuis l'éclat des tons querelleurs
Et brutaux ; hors de leurs atteintes
Parmi les étoffes éteintes
Et les vieux satins receleurs
D'exquises et vagues pâleurs,
Sois l'émule de des Esseintes.
Éveille en frôlant les velours
D'une frêle main de phtysique
La soyeuse et fine musique
Des reflets délicats et courts.
Sois le morne amant des vieux roses,
Où l'or verdâtre et l'argent clair
Brodent d'étranges fleurs de chair,
Où s'appâlissent des chloroses.
Mais avant tout aime et cultive
La gamme adorable des blancs :
Dans leurs frissons calmes et blancs
Dort une ivresse maladive.
Leur fausse innocence perverse,
Où, pourpre entre tant de candeurs,
Le rêve d'un bout de sein perce,
Est un poème d'impudeurs !
Aux bleus de lin mêlant le mauve,
Sache avec des tons effacés
Évoquer un songe d^alcôve
Et de baisers éternisés ;
Puis, pour fixer ta rêverie
Revenue enfin du Japon,
Qu'aux murs une tapisserie
Vert pistache ou bleu céladon
Déroule un rang de Canéphores
Et de Vestales de Leroux
Inclinant de sveltes amphores
Sur la sveltesse de leurs cous.
Des nuances, des demi-teintes :
Évite le cri des couleurs,
Fuis l'éclat des tons querelleurs
Et discordants, sois Des Esseintes.