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1887

ÉVANGILE

Jean LORRAIN

Des nuances, des demi-teintes : Évite le cri des couleurs, Fuis l'éclat des tons querelleurs Et brutaux ; hors de leurs atteintes

Parmi les étoffes éteintes Et les vieux satins receleurs D'exquises et vagues pâleurs, Sois l'émule de des Esseintes.

Éveille en frôlant les velours D'une frêle main de phtysique La soyeuse et fine musique Des reflets délicats et courts.

Sois le morne amant des vieux roses, Où l'or verdâtre et l'argent clair Brodent d'étranges fleurs de chair, Où s'appâlissent des chloroses.

Mais avant tout aime et cultive La gamme adorable des blancs : Dans leurs frissons calmes et blancs Dort une ivresse maladive.

Leur fausse innocence perverse, Où, pourpre entre tant de candeurs, Le rêve d'un bout de sein perce, Est un poème d'impudeurs !

Aux bleus de lin mêlant le mauve, Sache avec des tons effacés Évoquer un songe d^alcôve Et de baisers éternisés ;

Puis, pour fixer ta rêverie Revenue enfin du Japon, Qu'aux murs une tapisserie Vert pistache ou bleu céladon

Déroule un rang de Canéphores Et de Vestales de Leroux Inclinant de sveltes amphores Sur la sveltesse de leurs cous.

Des nuances, des demi-teintes : Évite le cri des couleurs, Fuis l'éclat des tons querelleurs Et discordants, sois Des Esseintes.

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