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1885

ÉTERNITÉ

Jean LORRAIN

Évanouis les gais fantômes, Comme un blond tourbillon d’atomes Évoqués l’espace d’un soir Au-dessus de Paris sinistre,

Où mon vers rageur comme un sistre, Les a fait tordre et se mouvoir ! Au-dessus des toits et des dômes, Évaporés les fins arômes

Exhalés de dessous troublants, Retroussés par les mains brutales Des gommeux sur les genoux pâles Des belles filles aux seins blancs.

Empoignant par leurs rudes tresses Les Modernités vengeresses, En vain ai-je au vent secoué Le glauque essaim des amours chauves

Et les baisers de ses alcôves Sur Paris honteux bafoué ! Les lèvres par le froid gercées N’ont plus de sourire et, glacées,

Les railleuses filles d’amour, Suant la peur et la misère, Se débattent sous l’âpre serre De leurs amants de carrefour !

C’est en vain que j’ai voulu rire. Ma joie était une satire : Le rêve ardent, que je rêvais, M’a laissé du sang sur la joue

Et j’ai répandu de la boue Dans l’humble verre, où je buvais, Je me suis brûlé dans la fête ! Clown ébloui tombé du faîte,

J’ai voulu rire et j’ai pleuré Et, sous la gaîté qui me grise, Je sais au fond qui je méprise Dans ce livre d’homme écœuré !

Modernité, Modernité Sous le sarcasme et la huée La nudité prostituée Saigne au fond de l’éternité.

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