Novembre, il pleut : la terre est grasse.
Le chemin des bois détrempé
Enfonce et les bœufs, tête basse,
Le dos courbé,
Vont traînant leur démarche lasse
Entre les tas de bois tombé.
Sous un ciel gris et fin d'automne,
Encor plein d'eau,
Un vieux bouvier les aiguillonne
Et son chapeau
De feutre vole et tourbillonne
Avec le vent clans son manteau…
Voici l'hiver et la misère
Homme des champs !
L'or des genêts dans la clairière
S'égrène aux vents,
L'averse tombe et dans l'ornière
Pâtre et troupeau s'en vont geignants…
Novembre, les fleurs disparues…
Les ciels brumeux,
Les sources, par la pluie accrues,
Où les grands bœufs,
Plus lourds qu'attelés aux charrues,
Vont traînant leurs sabots bourbeux.
Le cri des oiseaux de passage
Dans la rougeur
Des soirs et les bois sans feuillage,
Où le songeur
Regarde attendri le nuage
S'enfuir, éternel voyageur…
Les bois sont tristes en automne
Comme un départ.
Un glas irrévocable y sonne
Qui dit « Trop tard »
Et dans la feuille qui frissonne
C'est notre cœur qui tombe et part…
Pourtant le charme ancien m'attire
Au fond des bois…
Est-ce une flûte qui soupire ?
Est-ce une voix ?
Ou l'âpre espoir d'y voir sourire
Nos défunts amours d'autrefois !