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1883

ÉPILOGUE

Jean LORRAIN

Novembre, il pleut : la terre est grasse. Le chemin des bois détrempé Enfonce et les bœufs, tête basse, Le dos courbé,

Vont traînant leur démarche lasse Entre les tas de bois tombé. Sous un ciel gris et fin d'automne, Encor plein d'eau,

Un vieux bouvier les aiguillonne Et son chapeau De feutre vole et tourbillonne Avec le vent clans son manteau…

Voici l'hiver et la misère Homme des champs ! L'or des genêts dans la clairière S'égrène aux vents,

L'averse tombe et dans l'ornière Pâtre et troupeau s'en vont geignants… Novembre, les fleurs disparues… Les ciels brumeux,

Les sources, par la pluie accrues, Où les grands bœufs, Plus lourds qu'attelés aux charrues, Vont traînant leurs sabots bourbeux.

Le cri des oiseaux de passage Dans la rougeur Des soirs et les bois sans feuillage, Où le songeur

Regarde attendri le nuage S'enfuir, éternel voyageur… Les bois sont tristes en automne Comme un départ.

Un glas irrévocable y sonne Qui dit « Trop tard » Et dans la feuille qui frissonne C'est notre cœur qui tombe et part…

Pourtant le charme ancien m'attire Au fond des bois… Est-ce une flûte qui soupire ? Est-ce une voix ?

Ou l'âpre espoir d'y voir sourire Nos défunts amours d'autrefois !

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