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1887

EMBARQUEMENT

Jean LORRAIN

Adieu, bergères, adieu, Gilles ! Voici les voiles de satin De la barque aux agrès fragiles, Qui va vous conduire au lointain

Et bleu pays des cœurs futiles. Là-bas dans la brume empourprée, Parmi les falbalas du ciel, L'île adorable et désirée

Vous attend, chercheurs d'irréel, O troupe amoureuse et parée ! Pour la rougissante Cythère, Dans l'or incandescent du soir,

Vous quittez sans regret la terre, Pour l'île errante du Mystère Et le doux pays de l'Espoir. « Malheur à celui qui s'exile,

Dit un maussade et vieux refrain ; « En Sardaigne comme en Sicile « Il retrouvera son chagrin ; « L'éviter est peine inutile. »

Mais quand Amour est du voyage, On rit à ces oracles-là ! Le crépuscule est sans nuage Et Gille avec Pulcinella

Met en musique le présage. Four le bleu pays des chimères Au son des violes d'amour Embarquez-vous, bergers, bergères ;

Si vous devez pleurer un jour, Que les larmes vous soient légères. Bonsoir, Arlequins, adieu, Gilles ! Surtout emmenez Mezzetin.

Peut-être un soir ses doigts agiles Distrairont-ils votre destin Dans la plus lointaine des îles.

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