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1887

EFFEUILLEMENT

Jean LORRAIN

Dans un vieux ciboire d'étain S'effeuille, morne et douloureuse, Une rose d'automne ocreuse, D'un jaune de soleil éteint.

Prés d'un grand verre de Venise, Sur un tapis d'ancien lampas La rose malade agonise D'un lent et somptueux trépas

Parmi les étoffes brochées, Dont les vieux ors appesantis Semblent réfléchir amortis Les tons de ses feuilles séchées.

Au fond dans l'ombre des tentures Un grand vitrail limpide et clair Laisse apparaître les mâtures D'un port de pêche, un ciel d'hiver,

Un ciel tiède et doux de Décembre, Dont les gris de cendre attendris Font de la rose aux tons pourris Une transparente fleur d'ambre ;

Et cette hautaine agonie De fleur parmi ce luxe ancien Est bien dans l'âme et l'harmonie De ce logis patricien,

Ce logis, où sous de longs voiles De grands archiluths attristés Font de leurs manches incrustés De nacre et d'or autant d'étoiles.

Un doux relent de frangipane, A force de douceur malsain, Discrètement monte et s'émane D'un angle, où dort un clavecin,

Et cette chose pauvre et laide, Qu'est l'effeuillement d'une fleur, Devient une exquise douleur Dans cette chambre haute et tiède.

Dans un vieux ciboire d'étain S'effeuille, morne et douloureuse, Une rose d'automne ocreuse D'un jaune de soleil éteint.

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