Dans un vieux ciboire d'étain
S'effeuille, morne et douloureuse,
Une rose d'automne ocreuse,
D'un jaune de soleil éteint.
Prés d'un grand verre de Venise,
Sur un tapis d'ancien lampas
La rose malade agonise
D'un lent et somptueux trépas
Parmi les étoffes brochées,
Dont les vieux ors appesantis
Semblent réfléchir amortis
Les tons de ses feuilles séchées.
Au fond dans l'ombre des tentures
Un grand vitrail limpide et clair
Laisse apparaître les mâtures
D'un port de pêche, un ciel d'hiver,
Un ciel tiède et doux de Décembre,
Dont les gris de cendre attendris
Font de la rose aux tons pourris
Une transparente fleur d'ambre ;
Et cette hautaine agonie
De fleur parmi ce luxe ancien
Est bien dans l'âme et l'harmonie
De ce logis patricien,
Ce logis, où sous de longs voiles
De grands archiluths attristés
Font de leurs manches incrustés
De nacre et d'or autant d'étoiles.
Un doux relent de frangipane,
A force de douceur malsain,
Discrètement monte et s'émane
D'un angle, où dort un clavecin,
Et cette chose pauvre et laide,
Qu'est l'effeuillement d'une fleur,
Devient une exquise douleur
Dans cette chambre haute et tiède.
Dans un vieux ciboire d'étain
S'effeuille, morne et douloureuse,
Une rose d'automne ocreuse
D'un jaune de soleil éteint.