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1882

CAPRICE

Jean LORRAIN

QUE ne vous ai-je rencontrée, Ma chère âme, une année avant ! Je vous eus sans doute adorée, Vous que j'ai subie en rêvant.

Mais n'eussiez-vous aimé de même Si mot j'avais eu cette ardeur ? Non pas… nous fuyons qui nous aime. Le charme était dans ma froideur.

A vos yeux l'ennui, cendre fine De mon cœur à jamais désert, Avait la candeur de l'hermine, L'éclat neigeux d'un jour d'hiver.

O l'insulte froide, hautaine, De la neige qui ne fond pas, Celle de la cime lointaine Restée inconnue à nos pas !

Et vous étiez, pourtant, charmante, S'il m'en souvient bien, ce jour-là. Serrant les plis de votre mante Sur vos yeux cernés un peu las.

Vous aviez l'air, dans les malines De votre fraise, aux grands plis droits, Sur vos pendants de perles fines, D'un mignon du temps des Valois.

Je vous observais en silence Mais, hélas ! votre air, votre voix, Évoquaient une ressemblance : La femme adorée autrefois !

Comme vous sur la grève assise Je la voyais ; dans vos yeux bleus Revivait l'ironie exquise De ses regards cherchant mes yeux.

Ses regards pleins de moqueries, Dont l'éclair raillait mes amours, Tout jusqu'aux fauves griseries De ses noirs cheveux drus et lourds,

O le défi du flacon vide, Dont le parfum pur et discret Ne laisse à notre lèvre avide Que désespoir et vain regret !

O le divin et l'impossible ! Voilà notre mal éternel. Le but est plus loin que la cible, Le rêve au delà du réel.

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