C'ÉTAIT un songe d'or, quand au refrain des vagues,
Perdus dans un regard et du monde oubliés,
Nous laissions sur les flots ondoyer nos yeux vagues
Et marchions en rêvant l'un sur l'autre appuyés.
C'était un songe d'or ; les longs cheveux des algues,
Sur le sable pâli, déployaient à nos pieds
Leurs grands anneaux vivants et noirs, sinistres bagues
Que l'Océan enroule aux doigts de ses noyés.
C'était un songe d'or ; dans des gerbes d'écume
Le flot nous apportait jusqu'aux flocons de plume,
Jusqu'au duvet neigeux du pâle goéland.
Mais, comme un alcyon aveuglé dans la brume,
Votre amour s'est perdu dans l'horizon qui fume
Et dans mon cœur sans rêve a laissé le néant.