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1882

ANTINOÜS

Jean LORRAIN

Les flots glacés du Nil ont gardé ta mémoire, Éphèbe, et sous ton front ombragé de lotus Ton corps, pétri de fange et d'immortelle gloire, Fait rêver dans la nuit tes frères inconnus.

Rome a durant vingt ans adoré tes pieds nus, Les larmes des Césars en ont poli l'ivoire Et, debout sur le seuil des siècles méconnus, Tu souris à travers les mépris de l'histoire.

Tes beaux pieds transparents surchargés d'anneaux d'or, Qu'Adrien tout en pleurs entre ses mains avares Déjà raidis et froids, serrait, baisait encor, Triomphent de nouveau sous des étoffes rares

Et font revivre, hélas ! mille ans après ta mort, L'ère auguste des dieux et des amours bizarres.

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