Skip to content
1896

UNE PENSÉE DE PASCAL

Jeanne LOISEAU

O Pascal, tu disais : « Quand l'univers immense Briserait l'homme, astre humble et qui dans l'ombre a lui, L'homme encor, méprisant l'univers en démence, Serait plus grand que lui.

« Tandis que la matière au hasard s'évertue, Lui, l'atome pensant, songe avant de périr ; Le monde en l'écrasant ignore qu'il le tue ; Lui, sait qu'il va mourir. »

Et moi, je te réponds : Immortel solitaire, Penseur sombre et puissant qui refusas d'aimer, Notre orgueil est plus haut, mais ton génie austère N'a point su l'exprimer.

Si nous sommes très grands, si l'univers s'incline Devant le rayon pur qui tremble sur nos fronts, C'est que nous enlaçons d'une étreinte divine Ceux que nous adorons.

C'est en les possédant que dans nos courtes heures Nous sommes les rivaux de l'Infini sacré ; Lui seul nous les reprend lorsque dans ses demeures, Morts, ils ont pénétré.

Il les berce à jamais sur son sein formidable, Comme nous les bercions pendant les nuits d'amour ; Mais il reste jaloux dans le temps insondable De nos baisers d'un jour.

Car à nos bien-aimés, en sa longue caresse, S'il dispense la paix et l'oubli précieux, Leur rend-il un instant l'ombre de cette ivresse Que leur versaient nos yeux ?

Non, non !… Qu'il vienne alors et saisisse sa proie ! Nous demeurons vainqueurs même au jour des adieux. Quand un cœur frémissant par nous s'emplit de joie, Nous devenons des dieux.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
UNE PENSÉE DE PASCAL · Jeanne LOISEAU · Poetry Cove