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1896

UN BAL DE L'OPÉRA

Jeanne LOISEAU

Janvier, âpre et brutal, a desséché la rue, Sur notre orgie en feu lançant son souffle amer. Il est nuit. L'Opéra, vers qui chacun se rue, Ressemble au roc heurté par les flots de la mer.

Des carrosses bruyants déversent la cohue : Fracs noirs, paillettes d'or, maillots couleur de chair. La danse de Carpeaux se déroule, éperdue, Sentant les murs frémir d'un rythme ardent et cher.

Et la limpide lune, au doux rayon bleuâtre, Met une lueur pure au front de ce théâtre, Où s'essouffle, en hurlant, le plaisir effréné ; Tandis que, dans la houle humaine qui ruisselle,

Un garde de Paris, par le froid étonné, Se tient, raide et muet, et grave, sur sa selle.

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