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1896

SOUFFLES D'ORAGE

Jeanne LOISEAU

La falaise est droite et superbe, Et le vent de la haute mer, Comme un faucheur abat sa gerbe, Y courbe l'herbe

D'un souffle amer. Moi, contre qui le roc se dresse, Et qui vais toujours en avant, J'aime, quand parfois il me presse,

L'âpre caresse De ce grand vent. Il me repousse, et je m'obstine ; Malgré son effort irrité,

Je gravis l'altière colline, D'où je domine L'immensité. Ma vie, ainsi je l'ai comprise :

Chemin hardi, falaise en fleur, Puis, troublant mon âme surprise, La rude brise De la douleur.

J'aime cette haleine sauvage, Que rien ne saurait apaiser, Et qui souvent sur mon visage Pose avec rage

Son froid baiser. Je me sens grandir dans la lutte. O vent glacé ! tu peux rugir : Ce front, à ta fureur en butte,

De nulle chute Ne doit rougir. Mon pied est sûr et je m'élève ; Je vois reculer l'horizon…

Et j'ai, pour ce combat sans trêve, Quitté ma grève Et ma maison.

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