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1896

SORTILÈGE

Jeanne LOISEAU

Ami, pour éloigner quelque mal énervant Qui m'obsède, Vous avez un pouvoir si tendre que souvent Je vous cède.

Nonchalante, le soir, près du feu je m'assois, Sous la lampe. Grave, alors vous venez, et vous posez les doigts Sur ma tempe.

Droit au fond de mes yeux vous plongez longuement Vos prunelles, Astres dont les lueurs sont pour mon cœur aimant Éternelles ;

Car toujours, dans l'abîme où, par un sort affreux, Tout retombe, Je les verrai briller au plafond ténébreux De ma tombe.

Elles dardent en moi par leur regard profond Tant de flammes, Que leur feu lentement dissout, change et confond Nos deux âmes.

Et sur mon front soumis vos caressantes mains, Empressées, Glissent en mon esprit par de subtils chemins Vos pensées.

Moi, je vous laisse faire, et tout bas je bénis Ma névrose. Je vois, en ces moments de plaisirs infinis, Tout en rose.

De vos grands yeux aimés au doux rayon charmeur Je me grise, Et j'admire en secret de votre art endormeur La méprise :

Car l'effluve magique en mon sang nuit et jour Qui ruisselle N'a pas de nom savant, et votre seul amour M'ensorcelle.

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